Histoire érotique :Elle dirigeait la réunion. Jusqu'à ce qu'il ferme la porte.
Elle dirigeait la réunion. Jusqu'à ce qu'il ferme la porte.
Je m'appelle Laure. Trente-huit ans, directrice de projet dans une boîte de conseil en management. Ce soir-là, on était jeudi, fin novembre, et il restait deux personnes dans les bureaux : moi et Mathieu.
Mathieu. Consultant senior, arrivé six mois plus tôt depuis Lyon. La quarantaine passée de deux ou trois ans, les cheveux poivre et sel qu'il ne prenait pas la peine de discipliner, un nez qu'on aurait pu dire trop grand si tout le reste n'avait pas été aussi précis dans sa façon d'occuper l'espace. Il avait une manière de poser ses mains à plat sur la table de réunion qui me déconcentrait depuis le premier jour. Des mains larges, des doigts carrés. Je n'aurais pas dû remarquer ça. Je l'avais remarqué.
J'avais dirigé la réunion de l'après-midi devant douze personnes. Budget Q1, restructuration des équipes terrain, présentation à la direction générale dans dix jours. J'avais parlé pendant quarante minutes sans perdre le fil une seule fois. C'est mon terrain. C'est là que je suis solide.
Vers dix-neuf heures, tout le monde était parti. Il restait des dossiers à clore sur le serveur partagé. J'aurais pu le faire depuis chez moi. Je ne l'ai pas fait. Je suis restée. Et je savais très bien pourquoi.
La lumière dans les open spaces le soir a quelque chose d'artificiel et d'intime à la fois, les néons qui ronronnent doucement, les stores à demi fermés sur la ville. J'entendais Mathieu travailler deux rangées derrière moi. Le bruit sourd de ses doigts sur le clavier. Parfois un soupir.
J'aurais dû rentrer.
Le moment où tout a basculé
Il est venu me voir vers vingt heures. Il avait sa veste sur l'avant-bras, sa cravate desserrée d'un cran. Il sentait le café froid et quelque chose de plus chaud dessous, boisé, presque animal après une journée longue.
- Tu revois les slides pour jeudi ?
- Oui. La partie financière me pose problème.
Il a tiré une chaise et s'est assis à côté de moi, trop près pour que ce soit strictement professionnel, pas assez pour que je puisse me plaindre. Son bras frôlait le mien. Je fixais l'écran. Mon cœur cognait d'une façon que j'aurais aimé trouver ridicule.
On a travaillé comme ça vingt minutes. Nos voix basses. Ses commentaires pertinents, précis, parfois légèrement cassants, et cette façon qu'il avait de regarder ma bouche une demi-seconde quand je parlais, que j'avais commencé à anticiper comme on anticipe une gifle ou un baiser.
Puis il s'est levé pour aller chercher un document imprimé dans la salle de réunion adjacente. Il est revenu. Et il a fermé la porte derrière lui.
Pas claquée. Juste fermée. Un petit clic.
Je n'ai pas levé les yeux tout de suite. Mais quelque chose dans ma poitrine s'est dénoué, ou au contraire s'est serré d'un coup, je ne sais plus. Il a posé le document sur la table. Il ne s'est pas rassis.
- Laure.
Sa voix avait changé de registre. Juste un peu. Juste assez.
J'ai levé les yeux. Il me regardait d'une manière que je n'allais pas faire semblant de ne pas comprendre. J'en avais trop envie depuis trop longtemps.
Je me suis levée. Et c'est moi qui ai fait le premier pas. Parce que même là, même dans cette salle de réunion fermée à vingt heures du soir, c'est moi qui mène.
Ou du moins, c'est ce que je croyais encore.
Ce que j'avais sous ma jupe ce soir-là
Laisse-moi te dire quelque chose. Ce matin-là, en m'habillant, j'avais enfilé le panty dentelle et résille noir ouvert à l'entrejambe de Oh My Gode, sept euros de tissu noir qui ne cachaient rien d'essentiel. Je l'avais mis sans raison précise, me disais-je. Juste parce que je l'aimais contre ma peau sous le tailleur gris. Juste parce que certains jours on s'habille pour soi.
Il m'a embrassée et ses mains ont remonté ma jupe avant même qu'on ait fini de s'embrasser correctement. Ses doigts ont trouvé le tissu, l'ont longuement touché, puis ont compris l'architecture de la chose. Il a émis un son grave, pas tout à fait un mot.
Sa bouche dans mon cou. Ses mains qui exploraient sans se presser, comme quelqu'un qui a décidé qu'il avait le temps. Moi agrippée à sa chemise, les paumes à plat sur son torse, sentant la chaleur de sa peau à travers le tissu.
On s'est retrouvés dos à la table de réunion, celle autour de laquelle j'avais dirigé douze personnes quatre heures plus tôt. L'ironie ne m'a pas échappé. Elle m'a surtout excitée.
Il m'a retournée doucement, paumes sur mes épaules, et j'ai senti ses lèvres dans ma nuque, puis la fermeture de ma jupe qui descendait lentement. J'avais les deux mains à plat sur la table et je regardais la ville à travers les stores mi-clos. Les lumières orangées des bureaux d'en face. Quelqu'un qui ne nous voyait pas.
Sa bouche descendait dans mon dos. Vertèbre par vertèbre, presque. C'était insupportablement lent.
- Mathieu.
- Chut. Toi tu diriges les réunions. Là c'est moi.
J'aurais dû rétorquer quelque chose. Je n'ai rien dit. J'ai fermé les yeux et j'ai laissé.
Ses mains sur mes hanches, le tissu du panty qu'il écartait sans même le retirer, juste assez pour glisser ses doigts là où j'étais déjà mouillée depuis au moins une heure. Je l'avais senti monter pendant qu'on travaillait côte à côte, cette chaleur entre mes jambes, ce mouillé dont j'avais essayé de ne pas avoir conscience.
Ses doigts se sont enfoncés doucement. Puis moins doucement. J'ai mordu l'intérieur de ma joue pour ne pas faire de bruit, les dents qui s'enfoncent dans la chair tendre, la douleur petite et précise qui ancre dans le corps.
C'est là que ça a déraillé légèrement. Sa montre a accroché le bord de la table quand il a voulu changer d'angle, un bruit métallique absurde dans le silence des bureaux vides, et on a tous les deux retenu notre souffle une seconde, figés, puis j'ai ri malgré moi, un rire court et nerveux contre mes doigts, et lui a juré à voix basse, et ce moment raté a eu quelque chose de plus réel que tout ce qui avait précédé. Il a ri aussi. Et puis ses lèvres dans mes cheveux, et ses doigts qui reprenaient, et le désir qui n'avait pas du tout diminué, au contraire.
Il m'a soulevée et assise sur la table. Face à lui. Il portait encore sa chemise. J'ai défait les boutons du bas et mes mains ont trouvé sa peau, son ventre pas tout à fait plat, une légère rondeur que j'aimais instantanément parce que ça le rendait réel, présent, humain. Il avait une cicatrice fine sous les côtes à gauche. Je l'ai touchée et il a tressailli.
Sous la chemise que j'avais ouverte, j'ai vu les nipples plaqués or 24 carats que je portais depuis le matin contre mes seins, deux petits disques dorés qui avaient épousé ma chaleur toute la journée. Il les a découverts quand il a écarté mon chemisier. Il s'est arrêté une seconde. Ses yeux ont levé vers moi une question silencieuse.
- J'avais dit que je m'habillais pour moi.
Il a souri, le premier vrai sourire de la soirée, et sa bouche s'est posée sur l'un d'eux, la chaleur de ses lèvres sur le métal tiède, la pression légère, puis sa langue qui faisait glisser le bijou sur ma peau. Je me suis arc-boutée vers lui. Mes doigts dans ses cheveux. Ses dents très doucement sur mon mamelon et ce courant électrique direct qui descendait jusqu'au ventre.
Sa queue contre moi, à travers le tissu de son pantalon, dure et présente, et moi qui me pressais contre lui sans pudeur. Il a défait sa ceinture lui-même pendant que sa bouche continuait son travail sur mes seins. Quand il est entré en moi, sans préambule supplémentaire parce qu'on n'en avait plus besoin, j'ai laissé échapper un son que je n'avais pas prévu.
La table sous mes fesses. Ses mains sur mes reins. La ville derrière les stores qui ne regardait pas.
Il baisait bien. Avec une attention particulière à la façon dont mon corps répondait, ralentissant quand je me tendais trop fort, accélérant quand je commençais à m'habituer au rythme. C'était agaçant et magnifique. Je n'avais plus du tout le contrôle et j'avais arrêté de faire semblant d'en vouloir un.
Ma chatte qui l'aspirait à chaque coup de reins. Mes ongles dans ses épaules. Sa respiration contre mon oreille, saccadée, pas parfaitement silencieuse, et ce détail humain qui m'achevait plus que n'importe quoi d'autre.
Il a glissé une main entre nous et son pouce a trouvé mon clitoris avec une précision qui m'a fait cambrer si fort que j'ai manqué renverser la carafe d'eau restée sur la table. On a entendu le bruit liquide, tous les deux, et ni l'un ni l'autre n'a bougé pour rattraper quoi que ce soit.
La pression de son pouce. La profondeur de ses coups. Cette odeur de bureau chaud, de café froid, de sa peau à lui qui devenait de plus en plus présente, animale, cette odeur boisée amplifiée par la transpiration et le désir.
Je suis venue contre sa main en serrant les dents, les yeux fermés, le front dans le creux de son épaule, avec un bruit que j'espère que les vigiles de nuit n'ont pas entendu depuis le couloir.
Il a suivi deux minutes plus tard, les mains crispées sur mes hanches, quelque chose de muet et d'intense dans son souffle.
On est restés immobiles un long moment. La ville dehors continuait sans nous. Le néon ronronnait toujours.
J'ai remis ma jupe. Récupéré mon chemisier. Les nipples dorés encore tièdes sur ma peau, ma peau encore sensible à tout, au moindre frôlement du tissu. Il refaisait sa ceinture. On ne s'est pas regardés tout de suite.
Puis il a ramassé son document imprimé sur la table, celui qui avait servi de prétexte pour fermer la porte, et il me l'a tendu avec une gravité parfaitement feinte.
- La partie financière. Je pense que le problème vient de la page quatre.
J'ai pris le document. J'ai regardé la page quatre. Et j'ai pensé que jeudi allait être une réunion très intéressante.



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